Les graffitis de l'Abbaye de Belleperche


Une belle découverte en Occitanie, l'Abbaye de Belleperche et son couloir rempli de graffitis et de l'histoire d'amour d'Alceste et de Clémence...


"A l’étage, le vaste couloir de l’ancienne hôtellerie concentre les graffitis les plus intéressants. Beaucoup ont été heurtés, grattés, usés. Certains noms furent délibérément biffés. Nombre de mots, de messages, ne sont ainsi plus lisibles. Au milieu du XVIIIe siècle, quand ce bâtiment était tout neuf, un « Lasserre » a daté son graffiti de février 1756. Un badigeon l’a recouvert, mais les écrits postérieurs, de 1769 à 1787, sont apparents dans l’enduit, preuve que l’on a vite abandonné toute idée de rafraîchissement. Qui étaient Hubert Lamort en 1770 et Jean-Pierre Fonsorbes en 1777 ? Peut-être des moines, comme cet Aussilloux qui se dit « choriste à Belleperche ». L’un des plus récents dessins, des années 1970 ou 1980, est une tête de Gaston Lagaffe fumant un énorme « pétard », sous lequel est inscrit le nom de Bob Marley…"


Les amants de Belleperche


Aucun de ces cris d’amour ne saurait atteindre l’intensité de l’histoire d’Alceste et de Clémence. 1827 : Clémence Bringou et Alceste Orliac s’aiment et le prouvent en gravant leur nom sous des cœurs surmontés d’initiales. En 1830, emporté par ses sentiments mais aussi par l’atmosphère de la Révolution qui renverse Charles X, Alceste a pris une échelle et calligraphié au milieu du couloir le plus beau des graffitis de Belleperche, un « Vive la Liberté » énorme et limpide. Les ailes lui poussent. Les deux tourtereaux s’affichent à nouveau avec cette invocation mutilée : « que Dieu nous… ». Un majestueux « Gloire aux Amans » domine une porte, des cœurs enflammés disent toute leur passion. En 1831, Clémence a changé de patronyme. De « Bringou », sans doute un surnom familial, la voici « Chatinières », son véritable nom. Et puis vient, apparemment, la catastrophe. Dans l’embrasure de la vaste baie vitrée, nous lisons « la liberté de Clémence Chatinières ». Et à côté, dans un coin, cette phrase pleine de dépit rédigée obliquement : « Clémence l’infidelle (sic) payée par une fidellité (sic) éternelle ».


Qu’est-il advenu de Clémence ? Comment cette longue idylle s’est-elle terminé ? A chacun de se forger une opinion*. Car c’est aussi cela le graffiti, une énigme qui laisse le lecteur sans explication, sans indice, seul avec son imagination. Amour, déception, colère, regrets, espoir…toute la gamme des sentiments passe à travers ces modestes inscriptions. Et la morale dans tout ceci ? Il y en a une, gravée sur un mur de l’escalier datant de la Révolution, dans l’aile des jardiniers. Une lapalissade, c’est certain, mais elle coule de source : « Pour éviter le mal, ne faites que le bien ».


Jean-Michel GARRIC - Conservateur de l'Abbaye de Belleperche

* M. Delord, professeur d’histoire, c’est penché sur ce mystère à notre demande : Clémence fut tout simplement mariée en 1834… mais pas avec Alceste !

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